Le pire de la crise est bien passé
Plusieurs signes indiquent que le pire de la crise économique et financière est passé ou du moins que celle-ci commence à se résorber, même si des risques subsistent. Ce n'est pas encore le cas pour le marché du travail, dont la détérioration se prolonge, indique le Conseil Supérieur de l'Emploi dans son dernier rapport. Les projections tablent sur une destruction de quelque 46.000 emplois en 2010, mais d'un retour à une création nette d'emplois de 8.600 postes en 2011.
Cette évolution décalée s'explique par le retard avec lequel le nombre de personnes occupées réagit habituellement aux fluctuations conjoncturelles, en raison des mécanismes d'ajustement d'abord mis en oeuvre par les entreprises pour adapter le volume d'heures ouvrées aux besoins de l'activité sans procéder à des licenciements. En Belgique, comme dans d'autres pays européens, ces formules de partage du travail ou de chômage temporaire ont été largement utilisées jusqu'ici.
Selon les projections du Bureau fédéral du Plan, les prévisions pour 2010 et 2011 font état d'une consolidation de la reprise d'activité. Le taux de croissance du PIB resterait limité en 2010 (de l'ordre de 1,4%), avant d'atteindre 1,7% en 2011. Le taux de chômage harmonisé augmenterait de 0,7 point en 2010 pour atteindre 8,6%; il se stabiliserait à 8,8% en 2011.
Après avoir affiché quatre trimestres consécutifs de baisse, l'activité a progressé de 0,7% au troisième trimestre de 2009 et de 0,3% au quatrième, selon la dernière estimation disponible. Le creux conjoncturel a été atteint au dernier trimestre de 2008, le taux de croissance s'établissant à -2,1% La croissance trimestrielle de l'emploi a suivi avec retard un même mouvement de repli, revenant de 25.000 emplois supplémentaires au premier trimestre de 2008 à quelque 6.000 à la fin de l'année et devenant négative aux trois premiers trimestres de 2009. Toutes les branches d'activité sensibles à la conjoncture ont contribué à ce recul de l'activité. Elles ont toutes connu une diminution des effectifs employés dès la fin de 2008 ou le début de 2009.
Le repli de la courbe de conjoncture, qui est un indicateur avancé de l'activité économique, s'est interrompu dès le printemps dernier. En mars 2009, l'indicateur brut était tombé au niveau le plus bas jamais observé; il s'est redressé durant les mois suivants. En février 2010, le solde est resté constant par rapport au mois précédent et le niveau reste inférieur à celui enregistré en 2008 avant la récession.
Dans le cadre de ses enquêtes de conjoncture, la Banque nationale interroge également les entreprises sur leurs besoins en main-d'oeuvre. La détérioration continue des perspectives d'emploi agrégées (lissées) s'est interrompue en avril 2009 et les dernières données brutes indiquent une amélioration des prévisions jusqu'en février 2010. Ce profil se vérifie dans l'industrie et les services aux entreprises, les autres branches affichant davantage de volatilité. Parallèlement, la proportion d'entreprises signalant que le développement de leurs activités était contraint par des pénuries de main-d'oeuvre qualifiée a généralement diminué jusqu'au début de 2009. Depuis, l'indicateur s'est maintenu globalement au même niveau.
La croissance du volume de chômage temporaire s'était brusquement accélérée au premier trimestre de 2009 par rapport à la période correspondante de 2008; les journées de chômage temporaire avaient alors augmenté de 120%. Ce rythme élevé s'est maintenu au deuxième trimestre de 2009 puis a ralenti aux alentours de 68 p.c. au troisième trimestre. Ce ralentissement de la progression du chômage temporaire s'est confirmé au quatrième trimestre 2009, le pourcentage de variation à un an d'écart reculant à 34% En décembre 2009, quelque 163.000 chômeurs temporaires étaient recensés, dont 6.300 employés. L'augmentation du nombre de demandeurs d'emploi inoccupés amorcée en décembre 2008 s'est nettement renforcée en 2009. En janvier 2010, 580.000 personnes étaient recensées comme demandeurs d'emploi par l'ONEM, soit 52.000 de plus que l'année dernière à la même période. Cette augmentation a démarré plus tôt et a été davantage marquée pour les hommes, devenant récemment au total plus nombreux que les femmes au chômage. Toutes les catégories d'âge sont concernées mais ce sont les jeunes chômeurs dont le nombre a dans un premier temps augmenté le plus vite. La hausse à un an d'écart du nombre de chômeurs de courte durée s'est légèrement ralentie pour s'établir en janvier 2010 à 29.000 unités supplémentaires. Par effet de cohorte, ce sont maintenant les demandeurs d'emploi inoccupés depuis plus d'un an (mais moins de deux ans) dont le nombre progresse. Au mois de janvier, on en dénombrait 17.000 de plus qu'un an auparavant.
En janvier 2010, on comptait en Flandre 28.000 chômeurs de plus qu'en janvier 2009. En Wallonie et à Bruxelles, on recensait respectivement 15.000 et 9.000 demandeurs d'emploi supplémentaires. Il n'en demeure pas moins que la proportion de demandeurs d'emploi dans la population active reste nettement supérieure en Wallonie et, surtout, à Bruxelles. En moyenne, au cours des trois premiers trimestres de 2009, on enregistre dans ces deux régions un taux de chômage harmonisé de respectivement 11 et 15,6%, contre 5% en Flandre. Il est encore trop tôt pour évaluer l'incidence de la crise sur les retraits anticipés du marché du travail, compte tenu des délais nécessaires à la mise en oeuvre de mesures telles que les prépensions à temps plein. Leur nombre n'a de fait jusqu'ici pas augmenté sensiblement plus que les années précédentes. Quant aux mesures classiques d'aménagement du temps de travail, la progression du nombre de bénéficiaires de crédits-temps ou d'interruptions de carrière partiels a été sensiblement plus importante en 2009 qu'en 2008.


