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Une période prolongée de croissance lente?

Le niveau plancher de la crise économique mondiale est derrière. C'est ce que pense la majorité des PDG de 5.600 entreprises dans le monde sondés par Roland Berger Strategy Consultants. En Belgique, une période prolongée de croissance lente est attendue, 92% des répondants prévoyant une hausse du chômage susceptible de tempérer la demande.

"Les entreprises du monde entier s’orientent à nouveau vers une stratégie de croissance", se félicite Eric Baart, partenaire chez Roland Berger Strategy Consultants. Globalement, les entreprises s'attendent à voir une reprise considérable vers le milieu de l’année 2010 - même si elle sera en partie entravée par de nouveaux pics de chômage. Les entreprises s’attendent à ce que la croissance économique atteigne 1,1% comme moyenne mondiale pour 2010, pour atteindre 1,6% l’an prochain. "Les attentes les plus optimistes en matière de croissance concernent la Chine, qui atteint 8,5% pour cette année et 8% pour l'année prochaine. L'Europe et le Japon, dont la croissance ne sera que de 1%, sont les régions qui suivront dans le sillage, explique-t-il. Les répondants ont identifié les secteurs qui devraient le plus bénéficier de la relance, à savoir l'énergie, les services publics, la pharmacie et la santé, ainsi que les services financiers."

La Belgique à la traîne

Une grande majorité (92%) s’attend à ce que la hausse du chômage se poursuive en Belgique, ce qui pourrait entraîner une baisse de la consommation privée. "La plupart des PDG belges prévoient une période prolongée de croissance lente en Belgique dans la mesure où la demande privée est supposée rester faible. En outre, les entreprises sont confrontées à des conditions d’emprunt plus strictes et redoutent une réglementation et une imposition croissantes de la part du gouvernement ainsi qu’une baisse des dépenses gouvernementales dans un effort de réduction du déficit public." La Belgique étant une économie très ouverte, les entreprises belges craignent également un protectionnisme croissant qui pourrait réduire la demande étrangère pour les biens produits en Belgique, et ce malgré un euro plus faible.

Les PDG s’attendent donc à ce que la Belgique reste à la traîne de la reprise économique, avec une augmentation attendue du PIB de seulement 0,5% en 2010 pour 1,4% en 2011. Les entreprises belges se montrent également moins optimistes que leurs homologues européens en matière de rentabilité, avec seulement 18% des entreprises qui prévoient une augmentation de leurs bénéfices en 2010, contre 43% en Europe occidentale.

Objectifs de réductions des coûts atteints

La plupart des entreprises ont fait des efforts substantiels pour réduire leurs coûts de personnel durant la crise. Ces économies avoisinent les 9% comme moyenne mondiale pour l’année 2009, les plus importantes réductions en RH ayant été réalisées aux Etats-Unis (plus de 10%). La Chine et le Japon affichent également une belle réussite en dépassant légèrement leurs objectifs en matière de réductions. En Europe occidentale comme en Belgique, 34% des entreprises interrogées ont réduit de plus de 10% leurs coûts en RH.

Reprise financière, mais alourdissement des conditions de crédit

La plupart des entreprises affichent un regain d’optimisme en ce qui concerne leur situation financière cette année. "Pendant la crise, 40% des entreprises se trouvaient dans une situation critique au niveau de leurs liquidités, poursuit Eric Baart. Près de 20% d’entre elles sont encore concernées aujourd'hui." En ce qui concerne les entreprises encore confrontées à une manque de liquidités, l’étude a révélé des chiffres au-dessus de la moyenne en Chine, en Europe de l'Est et au Moyen-Orient. Mais seules 14% des entreprises en Europe de l'Ouest et 5% aux États-Unis et au Japon se disent encore concernées aujourd’hui. En Belgique, cependant, 30% des entreprises disent encore se trouver dans une situation de trésorerie critique.

Les entreprises ont adopté la gestion de trésorerie opérationnelle pour assurer suffisamment de liquidités. "La réponse la plus commune consiste à prendre des mesures opérationnelles, notamment à améliorer le recouvrement des créances (76%). Seulement un nombre limité d'entreprises de premier plan ont totalement intégré des changements fondamentaux dans la gestion du fonds de roulement. Un tiers seulement des entreprises interrogées projettent de contracter des emprunts bancaires supplémentaires", dit-il. Les conditions pour l’obtention de nouveaux emprunts bancaires sont devenues plus strictes.

L’Asie, principale bénéficiaire de la relance économique

Pas moins de 71% des répondants pensent que c’est l'Asie qui bénéficiera le plus de la reprise annoncée cette année. Ils sont encore plus nombreux (85%) à voir se profiler de meilleures opportunités pour la Chine au cours des prochaines années. Pour un tiers des cadres interrogés, l'Europe devra attendre l'année prochaine pour profiter, elle aussi, de la reprise. La relance en Amérique du Nord suscite davantage d'optimisme pour 2011 (46% de répondants). En conséquence, l'Europe constituera une moindre priorité en matière d'investissement.

Alors que l'économie mondiale est en phase de récupération, 61% des entreprises interrogées, surtout aux Etats-Unis, projettent de lancer de nouveaux produits comme moteur de croissance. Au Japon, les entreprises profitent de la reprise économique pour s’imposer sur de nouveaux marchés et dans de nouvelles régions. La majorité des entreprises mondiales envisagent de maximiser leurs capacités d'autofinancement pour leur croissance future. Presque un tiers de l’ensemble des entreprises redoutent que leur reprise ne soit entravée par un manque de finances. La même proportion considère l’instabilité accrue des affaires comme un obstacle à la prise de risques.

Leçons

"Nous pouvons tirer quatre leçons essentielles de cette étude", conclut Eric Baart:
1.  Les PDG prennent moins de risques en raison de l’instabilité et de l’incertitude accrue des affaires.
2.  Les entreprises du monde entier se focalisent davantage sur la croissance du chiffre d’affaires au détriment de la réduction des coûts.
3.  La structure des coûts doit être adaptée de façon à absorber l’instabilité accrue des affaires et la focalisation sur la croissance du chiffre d’affaires. Cela implique qu’il faut créer davantage de flexibilité et d’évolutivité.
4.  Les leaders mondiaux des affaires considèrent que l'Asie et l'Amérique du Nord offrent de meilleures opportunités que l'Europe occidentale. La Belgique est plus que jamais concernée.

Tags: Emploi, Crise, Reprise

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