Modération salariale: la FEB enfonce le clou
La modération salariale est créatrice de plus d'emplois: c'est ce que clame la FEB sur base d'une étude de la KULeuven. L'organisation patronale appelle les partis politiques qui feront partie du prochain gouvernement à inscrire dans l’accord de gouvernement l’objectif visant à annuler notre handicap salarial lors de la législature à venir.
La FEB a chargé les professeurs Filip Abraham et Joep Konings (KU Leuven) de mener une étude visant à objectiver le rapport qui existe entre les coûts salariaux et l'emploi, sur la base des chiffres les plus récents. Ils se sont basés à cet effet sur les comptes annuels de plus de 10.000 entreprises belges sur la période 1998-2008. Il en ressort les quatre conclusions suivantes:
1. Si les coûts salariaux augmentent, l’emploi diminue
Les professeurs Abraham et Konings relèvent une corrélation négative entre l'évolution des coûts salariaux et celle de l'emploi. Si l'on maintient constants tous les autres facteurs et que l'on applique uniquement une augmentation de 1% des coûts salariaux, l'emploi reculera de 0,44% dans l'ensemble du secteur privé et même de 0,52% dans le secteur industriel. Cela montre que pour une petite économie ouverte comme la Belgique, une stratégie de modération salariale porte ses fruits. La modération salariale freine peut-être l’augmentation du pouvoir d’achat pour les insiders du marché du travail, mais cela est largement compensé par le pouvoir d’achat supplémentaire des outsiders du marché du travail qui bénéficient de meilleures chances de trouver un emploi et par le fait que la compétitivité des entreprises sur les marchés d’exportation internationaux soit renforcée.
2. Les gains de productivité sont réalisés dans une large mesure au détriment de l'emploi
Dans la majorité des cas d’augmentation salariale, les autres facteurs ne demeurent bien sûr pas constants. Les entreprises tenteront en effet de neutraliser l'impact négatif des dérapages des coûts salariaux sur leur compétitivité en augmentant leur productivité. L'étude nous enseigne que ces gains de productivité sont dans une large mesure le fruit du remplacement de personnes par des machines et de l'externalisation. Si les entreprises compensent une hausse de 1% des coûts salariaux par un gain de productivité de 1%, l'emploi reculera de 0,42% dans le secteur privé et de 0,4% dans le secteur industriel.
3. Combiner la modération salariale et l’innovation pour maintenir une forte base industrielle
Une partie des gains de productivité dans le secteur industriel résulte toutefois également d'une meilleure organisation du travail, de l'innovation et d'une amélioration de la qualité, et n'implique donc aucun allègement du travail, bien au contraire. Si l'effet de ces gains de productivité n'est pas annulé par une hausse des coûts salariaux, alors seulement leur impact sur l'emploi sera positif. Comme le mettent en évidence les deux professeurs, cette combinaison de modération salariale et d'innovation constitue la clé de la stratégie allemande en vue d'accroître l'emploi tout en préservant la compétitivité.
4. 60.000 à 73.000 emplois supplémentaires!
Tout ce qui précède démontre l'importance de garder le contrôle de l'évolution de nos coûts salariaux. Depuis 1996, nous avons pourtant dû constater que nos coûts salariaux ont évolué de 3,5% plus rapidement que la moyenne des trois pays voisins. L'étude révèle que si nous parvenons à annuler ce handicap salarial de 3,5% durant la prochaine législature, un nombre allant de 60.000 à 73.000 emplois supplémentaires pourrait être créé. Ce dernier chiffre dépendant de la vitesse à laquelle le handicap salarial serait effectivement résorbé.
"Ce n’est pas un hasard si les conclusions des deux professeurs débouchent sur le modèle allemand, souligne Rudi Thomaes, administrateur délégué de la FEB. Alors que des pays comme le Royaume-Uni cherchent à se réindustrialiser sous l’effet d’un vent de panique, l’Allemagne a compris depuis des années qu’un pays qui innove mais néglige sa compétitivité au niveau des coûts commence par mettre en jeu ses usines, puis ses centres d'innovation et ses laboratoires. Dans ce genre de pays, les sociétés de services ne parviennent jamais à s'ériger en entreprises aux reins solides, capables de faire des acquisitions au lieu de se faire elles-mêmes engloutir."
Le Bureau fédéral du plan a démontré le mois dernier sur la base d’une approche macroéconomique que l’annulation du handicap salarial qui s’est constitué dans notre pays depuis 1996 pourrait stimuler la croissance économique et créer près de 30.000 d’emplois supplémentaires. Cela est confirmé aujourd’hui par l’approche plus microéconomique de l’étude de la KU Leuven, relève la FEB.
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