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La nouvelle "guerre des talents" est déclarée

La rotation volontaire a augmenté significativement en 2010 et la rotation involontaire a baissé significativement, montre une étude menée par Securex pour qui la reprise du marché du travail après la crise économique est plus que probablement à la base de cette évolution. De plus, des signaux forts – comme l’intention de départ élevée au début 2011 – indiquent que cette tendance se poursuivra à l’avenir.

Les résultats de l’étude de Securex montrent que 19,33% des travailleurs belges du secteur privé ont quitté leur organisation en 2010, pour quelque raison que ce soit. Il s’agit d’une légère diminution bien qu’il faudrait plutôt parler de statu quo par rapport à 2009, quand le pourcentage total de la rotation était de 19,70%. Pas d’évolution frappante au premier abord donc.  Mais les changements dans la rotation volontaire et involontaire pris séparément montrent toutefois un modèle remarquable:
- la rotation volontaire (c’est-à-dire la rotation initiée par le travailleur) a significativement augmenté en 2010 par rapport à 2009: 7,83% des travailleurs belges ont quitté volontairement leur organisation en 2010 contre 6,62 % en 2009.
- la rotation involontaire (c’est-à-dire la rotation où le travailleur n’a pas eu voix au chapitre) a significativement baisse en 2010: 11,31% en 2010 contre 12,70 % en 2009.

Les hausses et les baisses de la rotation volontaire et involontaire sont alimentées par le climat économique et la situation sur le marché du travail. Le pourcentage de rotation volontaire a connu une augmentation significative entre 2003 et 2007 en passant de 5,88% en 2003 à 8,24% en 2007. La rotation involontaire a présenté une évolution inverse entre 2003 et 2007: de 9,96% en 2003 à 7,40% en 2007. Cette évolution a été alimentée par un meilleur climat économique et une pénurie de main-d’oeuvre. La rotation totale est restée stable car les augmentations de la rotation volontaire ont compensé les baisses de la rotation involontaire. Avec l’éclatement et la persistance de la crise économique, 2008 et surtout 2009 ont à nouveau affiché un recul de la rotation volontaire et une augmentation considérable de la rotation involontaire. Et, bien que nous ne soyons pas revenus à la situation de 2007, les chiffres de 2010 montrent que la tendance semble s’inverser.

La nouvelle guerre des talents pourrait propulser la rotation volontaire vers des sommets inégalés, estime Securex. Début 2010, 22% des travailleurs du secteur privé avaient l’intention de changer d’employeur, soit à court terme (9%), soit à long terme (13%). Début 2011, ce pourcentage a connu une hausse significative. En effet, 28% des travailleurs du secteur privé ont l’intention de quitter leur organisation: 10% présentent une intention de départ à court terme, contre 18% à long terme.

Si ce phénomène se confirme dans les mois à venir, cela pourrait impliquer une augmentation rapide et importante de la rotation volontaire. Sur un marché du travail qui manque structurellement de main-d’oeuvre hautement qualifiée et technique – à cause du vieillissement ou de la dénatalité -, une poussée soudaine pourrait faire son apparition. Par conséquent, les employeurs essaieront d’attirer, de motiver et d’engager les talents avec de nouveaux moyens. Les entreprises n’accordent pas encore assez d’importance au facteur de la rotation volontaire et sous-estiment les frais de remplacement et la perte de valeur des travailleurs talentueux.

La rotation volontaire chute à mesure que l’âge augmente. Plus un travailleur vieillit, plus il cherche la sécurité. Chez les jeunes de moins de 25 ans, le pourcentage de rotation volontaire était de 15,02 % en 2010, contre 3,73 % chez les plus de 55 ans. Les jeunes changent plus vite d’emploi et prennent plus de risques pour changer pendant les premières années de leur carrière. Les travailleurs hautement qualifiés sont aussi plus carriéristes et fortement demandés sur le marché du travail.

Ce sont surtout les petites organisations qui ont du mal à garder leur personnel. Elles sont touchées par des pourcentages de rotation élevés: 10,38% de rotation volontaire dans les entreprises de moins de 10 travailleurs, 8,06% dans les entreprises de 10 à 49 travailleurs et seulement 5,23% dans les organisations de 1.000 travailleurs ou plus. Les PME sont très ‘concurrencées’: leurs travailleurs talentueux sont ‘débauchés’ par les grandes entreprises qui leur offrent davantage de perspectives de carrière et de meilleures conditions de travail.

Constat remarquable: le secteur de l’horeca présente le pourcentage de rotation volontaire le plus élevé avec 17,05% (contre une moyenne de 7,83% sur l’ensemble du marché du travail). Ce secteur fait également face à un pourcentage très élevé de rotation involontaire, à savoir 16,42% (contre une moyenne de 11,31%). Les causes du va-et-vient du personnel dans l’horeca sont nombreuses. La pléthore d’offres d’emploi dans le secteur et la courte durée d’apprentissage mènent plus rapidement à un départ. Les employeurs de ce secteur ne se soucient pas beaucoup de ces départs car ils considèrent que leur main-d’oeuvre est facilement remplaçable. De plus, ce secteur se caractérise souvent par un travail saisonnier (qui s’accompagne fréquemment de contrats de travail temporaires) et par l’emploi de nombreux jeunes (à la rotation plus élevée). Dans le top 5 de la rotation volontaire, on trouve aussi d’autres secteurs des PME, comme les petits commerces indépendants (11,40 %) et les coiffeurs (14,75 %).

En 2010, la Flandre a encore connu la rotation volontaire la plus élevée et la rotation involontaire la plus basse. Après la crise, les circonstances économiques semblent encore être les meilleures en Flandre. C’est en effet la région qui connaît le plus haut pourcentage de rotation volontaire (8,56%) et le plus bas de rotation involontaire (9,8%). Dans la Région de Bruxelles-Capitale, ces pourcentages sont respectivement de 7,82% et 12,73%. Et en Wallonie, la rotation volontaire est la plus faible (6,19%) et la rotation involontaire la plus élevée (13,87%). Dans le Brabant-wallon par exemple, la rotation involontaire est pratiquement deux fois plus élevée (14,97%) qu’en Flandre occidentale (8,55%).

Tags: Recrutement, Rotation, Rétention, Talent

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