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Le Forum FEB ouvre le débat sociétal sur la sous utilisation des 50+ sur le marché du travail

Ce mercredi 21 septembre, la FEB organisait son grand Forum bisannuel consacré cette année aux 50+ qui sont dans notre pays étonnement sous-employés et ce, malgré un niveau de compétences et d'expériences accumulées très élevé. L'organisation patronale a plaidé pour des mesures courageuses. 

Peter Hartz, ancien conseiller du chancelier Gerhard Schröder qui a été l’architecte de nombreuses réformes allemandes dans le domaine a démontré que des mesures radicales peuvent produire des résultats. Entre 2003 et 2005, le marché du travail allemand a été renouvelé en profondeur et ce avec fruit. Le nombre de chômeurs est tombé en quelques années de plus de 5 millions à moins de 3 millions. Il a toutefois souligné que les réformes nécessitent du temps et qu’elles doivent également être mises en œuvre progressivement. Chaque année, changer son fusil d’épaule n’est pas une politique efficace.

Le professeur Luc Sels de la KUL, également Doyen de la Faculté d’économie, a ensuite esquissé la situation belge. Il a calculé à notre demande qu’à politique inchangée, quelque 500.000 travailleurs de plus de 50 ans quitteront le marché du travail au cours des 5 prochaines années. Outre le secteur public, les secteurs les plus touchés seront le transport et la logistique, le textile et l’habillement, les fabrications métalliques et les services aux entreprises, comme la consultance. Sachant en outre que le marché du travail est déjà frappé par la pénurie, nous avons déjà une idée de ce qui nous attend. Lorsque l’offre de main-d’œuvre ne répond pas à la demande des employeurs, il en résulte inévitablement  une pression à la hausse sur les salaires. Outre la perte de connaissances et de savoir-faire, l’aggravation du dérapage des coûts salariaux pourrait être néfaste pour nos entreprises.

Jens Høj, chercheur principal à l’OCDE, a réalisé également à la demande de la FEB une deuxième étude. Il a comparé notre pays au reste de l’Europe. Il en ressort notamment que les conditions de travail de notre pays ne diffèrent pas de celles des autres pays dans des proportions nous permettant de justifier un régime d’exception en matière de pension anticipée. Certes le nombre de travailleurs actifs de plus de 55 ans est passé de 32% à 37%. Or, aux Pays-Bas et en Allemagne ce pourcentage s’élève à respectivement 54% et 58%. Les conditions de santé et de travail y sont-elles tellement différentes de celles de la Belgique? Non, selon lui.

Sa conclusion est limpide: la Belgique doit démanteler les règles du marché du travail qui pérennisent une culture de départ anticipé. Après l’âge de 50 ans, le décalage entre le coût salarial et la productivité est selon lui trop important, ce qui freine l’accès des travailleurs âgés au marché du travail. Pour Jens Høj, le relèvement de l’âge de la pension légale ou sa liaison à l’espérance de vie, à l’instar de ce qu’ont déjà décidé d’autres Etats membres de l’UE, constitue un facteur important dans le débat sur le vieillissement.

Enfin, IDEA Consult, un bureau d’étude du marché du travail renommé, a interrogé 1.700 personnes de plus de 50 ans encore actives et 600 entreprises sur les incitants et les entraves à l’allongement de la carrière. Une meilleure compréhension de ces facteurs dits "push et pull" doit nous permettre d’apporter les adaptations appropriées à la réglementation et à la politique à mettre en œuvre. Cette étude a fourni des résultats remarquables. Les points de vue des deux groupes divergent dans de nombreux domaines, mais concentrons-nous ici sur ce qu’ils ont en commun. On observe un consensus croissant en faveur, d’une part, de la disparition progressive de la prépension avant l’âge de 60 ans et, d’autre part, d’un lien plus clair (et même de préférence automatique) entre les absences pendant la carrière et l’âge de départ en fin de carrière. En revanche, les deux groupes pensent presque unanimement – c.à.d. avec un score supérieur à 85% – que tant que la prépension existera, travailleurs et employeurs continueront à y avoir recours.

Triple appel

Force est de constater que le Pacte de solidarité entre les générations fut un premier pas courageux, mais insuffisant, estime pour sa part le président de la FEB, Pierre Alain De Smedt, qui a lancé un triple appel. D’abord aux partenaires sociaux, et en particulier aux syndicats. "La problématique de la fin de carrière est un défi pour notre société et non une marotte des employeurs. Il faut cesser d’affirmer qu’il ne faut rien changer, souligne-t-il. En effet, si d’autres pays européens ont pu, par le passé, prendre des mesures courageuses, pourquoi cela ne serait-il pas possible chez nous? Au mois de juillet, les chefs d’État et de gouvernement européens ont donné des instructions claires à la Belgique. Les marchés financiers suivent ce processus de près."

"Les élections sociales de mai 2012 ne peuvent en aucun cas servir de prétexte pour retarder le débat sur le vieillissement et ses conséquences", poursuit-il. Et d’ajouter que "la FEB souhaite que les discussions entamées au sein du Conseil national du travail sur l’évaluation du Pacte de solidarité entre les générations soient menées à bien, mais il ne faut pas discuter dans le vide et nous devrons afficher au cours des prochains mois des résultats concrets qui feront la différence".
 
Pierre Alain De Smedt a également lancé un appel aux autorités. Après l'accord conclu sur BHV, le reste doit suivre, mais surtout un plan socio-économique qui respecte les entreprises. "Le deuxième Pacte de solidarité entre les générations doit constituer l'un des piliers de ce nouveau plan. Cela nécessite un gouvernement fort et uni. Soit un nouveau gouvernement est formé rapidement, soit le gouvernement en affaires courantes doit, en accord avec les fractions politiques démocratiques représentées au Parlement, entamer la concertation tripartite avec les partenaires sociaux."
 
Le président de la FEB a également lancé un appel énergique aux chefs d’entreprise qui sont les moteurs de la reprise, mais qui doivent aussi prendre leurs responsabilités en matière de vieillissement et de fin de carrière. "Ils doivent mener une politique du personnel moderne qui valorise l’expérience. Le succès d’une telle politique des ressources humaines dépendra de la modification des règles appliquées aux régimes de départ anticipé. La FEB œuvrera en ce sens. Nous pouvons en faire ensemble une opération gagnante pour tous", a-t-il conclu.

Tags: Prépension, Générations, Solidarité, Pacte, FEB

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