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Peoplesphere

Comprendre le caractère multidimensionnel du bien-être afin de réorienter nos politiques sociales.

Des économistes de l’UCLouvain, de l’ULB, de la KULeuven et de l’UAntwerpen ont cosigné un livre « En faut-il peu pour être heureux ? » sur le bien-être en Belgique. En se basant sur une enquête inédite, ils ont mis en pratique une nouvelle théorie pour mesurer ce bien-être. Et jeté les bases de l’élaboration d’un outil pertinent pour guider les politiques sociales.

Voilà plusieurs années que des économistes belges travaillent sur la notion de bien-être. Tout le monde n’en a pas la même définition. Dès lors, comment le mesurer ? Il existe trois grandes familles de théorie : les mesures objectives (revenus par ex.), l’évaluation subjective du bien-être (bonheur par ex.) et l’approche des capabilités. La 3e approche a le mérite de combiner paramètres objectifs et perception subjective mais ne permet pas de synthétiser les différentes dimensions du bien-être en un indice unique. Les chercheurs ont donc opté pour une 4e voie pour “chiffrer” le bien-être des Belges.

Élaborer un indicateur du bien-être

L’indicateur du bien-être individuel réunit les indicateurs objectifs et la perception qu’un individu a des différentes dimensions de son bien-être. Pour ce faire, les chercheurs ont conçu une enquête, MEqIn, menée auprès de 3.400 personnes représentatives de la population belge. Elles ont été interrogées sur leur situation objective et leur appréciation subjective des différents aspects de leur vie – santé, travail, logement. « Ensuite, nous leur avons demandé à quel montant de consommation ils seraient prêts à renoncer mensuellement pour jouir d’une bonne santé, d’un meilleur job, d’un beau logement, etc. A revenu égal, une personne estimant son état de santé plus problématique sera prête à renoncer à un plus grand montant de consommation. Au final, nous avons agrégé ces données dans des mesures chiffrées qui permettent de comparer le bien-être des gens  » expliquent les économistes François Maniquet, UCLouvain et Bram De Rock, ULB.

L’enquête a également permis aux chercheurs de comparer leurs résultats avec ceux obtenus dans d’autres études. L’objectif ? Concevoir un outil pour évaluer l’impact des politiques sociales sur le bien-être des individus. « À nos yeux, le bien-être est une notion multidimensionnelle », estiment les économistes. « C’est plus large et plus global que des facteurs pris individuellement tels que le revenu, la santé ou le logement. Le bonheur ne dit pas tout non plus. Certaines personnes ayant de faibles revenus, des problèmes de santé et un logement insatisfaisant se déclarent globalement satisfaites de leur vie. Or, ce sont ces personnes qui devraient être la priorité des politiques sociales. Contrairement aux indices de bonheur, le revenu équivalent permet d’identifier les personnes les plus mal loties dans notre société. »

Les plus mal loti.e.s

Qui sont-ils, ces Belges situés au bas de l’échelle du bien-être ? Bien que ce groupe soit hétérogène, certaines catégories de la population y sont surreprésentées : les familles monoparentales (dont le parent est très majoritairement la mère), issues de l’immigration et/ou dont les parents sont peu qualifiés et/ou sans emploi.
Si, sans surprise, ces données confirment les résultats obtenus dans d’autres études, l’enquête MEqIn a mis en évidence certains faits moins évidents. « Les personnes âgées ne sont pas nécessairement celles qui ont la situation la plus précaire », expliquent François Maniquet et Bram De Rock. « Nous avons aussi pris soin d’interroger séparément les différents membres des quelque 2000 ménages inclus dans l’enquête. Il s’agissait notamment de vérifier comment le bien-être est réparti au sein du couple. Les inégalités entre hommes et femmes sont notables et en faveur des premiers. L’écart est parfois énorme : certaines femmes (et quelques hommes également) ne bénéficient que de 30 % des ressources du ménage… »

Une évaluation à long terme

Le livre « En faut-il peu pour être heureux ? » est le fruit d’une première salve d’analyses suite à l’enquête MEqIn. « Nous aimerions établir des statistiques de base. Nous souhaiterions réutiliser le questionnaire de l’enquête dans les années à venir. Cela nous permettrait d’évaluer l’impact des politiques sociales dans la durée. » Et de donner ainsi des pistes aux pouvoirs publics pour augmenter l’efficacité de ces politiques auprès des catégories les plus vulnérables de la société.

Source : Plus d’informations quant à l’ouvrage via le numéro 144 de Regards Économiques, « En faut-il peu pour être heureux ? Conditions de vie, bonheur et bien-être en Belgique » : https://www.regards-economiques.be/images/reco-pdf/reco_187.pdf

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