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« Le métier de formateur n’existe pas! »

Au-travers d’une série de conférences de consensus, FormaForm veut offrir une réflexion de fond sur le métier de formateur d’adultes. Au centre de celle-ci, le défi de la professionnalisation du métier de formateur. Michel Sylin, professeur en psychologie des organisations à l’ULB, est intervenu dans le cadre du premier cycle d’auditions qui s’est tenu fin février à Namur.

Les enjeux de transmission des savoirs sont tels aujourd’hui dans nos organisations que ce trajet peut nous aider à mieux gérer les questions liées au développement de nos collaborateurs, qui s’avèrent sans doute plus centrales que jamais. Les formateurs joueront à coup sûr un rôle essentiel en matière d’anticipation des défis futurs, d’accompagnement des équipes et de rétention des talents. Pourtant, le ‘métier’ de formateur ne correspond à aucune structuration aujourd’hui !

L’entame de Michel Sylin s’avère pour le moins compliquée, vis-à-vis de l’objectif final d’une définition structurée du métier de formateur : « Les questions posées abordent forcément la question du rapport au pouvoir et les réponses que nous y apportons sont teintées d’une idéologie, quoi qu’il en soit », commence-t-il par expliquer. « Ceci étant, une analyse objective de la littérature nous donne un éclairage qui peut surprendre… En effet, il faut bien constater que le métier de formateur n’existe pas en Belgique ! Il n’y a pas de littérature scientifique sur le sujet, hormis en France ou au Canada bien entendu mais les réalités y sont très différentes. »

Les constats du Professeur Sylin se fondent sur une réalité que nous pouvons reconnaître : « Beaucoup de formateurs sont issus d’un autre métier et il leur est demandé à un certain moment de transmettre leur expertise et leurs pratiques. D’autres interviennent de façon très occasionnelle. Enfin, certains sont issus des métiers de la pédagogie. Cette disparité nous montre que l’harmonisation n’est pas envisageable actuellement. Les formateurs ont des profils trop différents et des environnements très spécifiques. Les piliers sont multiples, comme souvent dans le paysage institutionnel belge.» Toutefois, des tentatives de structuration du métier de formateur existent à l’initiative de trois universités (UMons, ULG et UCL) mais il n’existe pas de référentiel métier « puisqu’il ne s’agit pas d’un métier, tout simplement ! »

Pourquoi devenir formateur ?

La question de la motivation est sans doute d’autant plus centrale que la reconnaissance est difficile à obtenir. « Nous constatons que les formateurs sont en quête de légitimité », reprend Michel Sylin. « Celles et ceux qui oeuvrent dans le secteur marchand sont à la recherche de certifications. Ils ont besoin d’être portés par une qualification qui va au-delà de la compétence. C’est une des raisons pour lesquelles les universités essayent d’intégrer une place importante à la formation de formateurs d’adultes. Aujourd’hui, ce qui semble existe, ce sont des professions de formateur (et donc toujours pas un métier). Forcément, cela s’avère expérimental… Etre formateur aujourd’hui, c’est avoir une profession sans métier. C’est une pratique sociale (car elle est fondée sur notre rapport à l’autre). Le cadre institutionnel définit les exigences en matière de professionnalisation, pas toujours de manière uniforme.»

Un rapport à soi particulier.

Michel Sylin identifie alors trois raisons de base à l’évolution vers le rôle de formateur. « Précisons avant tout qu’il y a forcément un rapport à soi qui est singulier qui tient du narcissisme. Le formateur se construit dans son rapport à l’autre, dans une certaine mise en scène et parfois dans une logique de toute puissance qui ne peut pas verser dans la perversion puisqu’il y a l’obligation d’être attentif à l’autre. L’équilibre est instable et témoigne d’un rapport très spécifique. Nous voyons alors que l’on devient formateur par vocation – le désir de transmettre -, par obligation – lors d’une transition professionnelle par exemple – , ou par ‘pragmatisme’ (motivation vicariante) lorsqu’il s’agit de mobiliser afin de réaliser un projet. »

Avons-nous vraiment besoin d’un référentiel ?

Un contexte institutionnel peu favorable, des pratiques disparates,… se pose la question de la nécessité de ‘normer’ à tout prix les activités des formateurs qui oeuvrent au quotidien. Michel Sylin émet en effet quelques doutes quant à la pertinence d’un référentiel. « On peut se poser la question de sa valeur ajoutée… Les règles sont pour la plupart porteuses de violence. Elles sont coercitives. Je ne suis pas un chaud partisan de la normalisation mais bien de la professionnalisation et de la reconnaissance de ceux qui s’affirment en tant que formateurs. Celles-ci permettront de trouver une légitimité au-travers d’une forme d’assurance qualité, bien plus que dans des normes métier qui ne rendront pas compte de la diversité des réalités. »
Le professeur Sylin rappelle encore que nous confondons régulièrement contrôle et évaluation. « Le formateur est sans cesse dans l’évaluation. C’est une pratique logique, qui offre des repères aux usagers. Le contrôle via un référentiel métier n’est pas nécessaire. La compétence du formateur se définit dans son rapport à l’autre, et non dans un référentiel non adapté. »

 

Note – La conférence de consensus, comment ça marche ?
La méthodologie de la conférence dite de consensus (ou conférence citoyenne) est empruntée au monde médical. Elle se transpose désormais dans le monde socio-économique.
Il s’agit de traiter une problématique en rassemblant des décideurs, dans une approche pluri-disciplinaire, et en suivant une séquence précise. Première étape : la constitution d’un comité de pilotage vise à disséquer la problématique en sous-thèmes et d’identifier les questions vives à poser à la communauté. Celles-ci sont soutenues par des réponses provisoires à éprouver auprès d’un panel d’experts. Ces derniers, identifiés comme autant de grands témoins, sont auditionnés alors par le comité de pilotage au sein d’un auditoire ouvert. Leurs avis permettent d’éclairer et proposer des réponses structurées aux questions qui doivent résoudre la problématique.
Au terme de ces auditions, les recommandations doivent émerger de manière collective : ce sont les fruits de la concertation entre le comité de pilotage, les grands témoins et l’audience globale de la conférence.

Gaëlle Boulet, directrice de FormaForm, explique pour quelles raisons son équipe a privilégié cette voie afin de traiter les questions liées au futur de la formation : « Le dispositif va forcément enrichir nos réflexions et améliorer la compréhension des enjeux et des réalités de la formation. Par ailleurs, nous avons sans doute exploité les filières classiques au cours des 12 derniers mois sur la thématique de l’apprentissage tout au long de la vie. En apprenant une nouvelle méthode, nous entrons dans une nouvelle ère pour l’ensemble de nos formateurs et de nos partenaires. »

 

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