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Montée des inégalités sur le marché du travail européen: bien plus qu’une question de rémunérations.

Une nouvelle publication de l’OIT traite des causes profondes des inégalités en examinant les diverses politiques de marché du travail et les systèmes des relations du travail. Daniel Vaughan-Whitehead, économiste principal à l’OIT et co-auteur de l’ouvrage, commente le creusement des inégalités de revenu et leurs effets négatifs sur l’économie et les sociétés.

« La plupart des recherches récentes s’intéressaient aux inégalités de rémunération. Cette publication* aborde aussi d’autres formes d’inégalités: celles relatives à la répartition du temps de travail, l’accès à la formation, les perspectives de carrière et la couverture de protection sociale, ainsi que l’accès ou le retour à l’emploi. Elle constate aussi des inégalités entre hommes et femmes et selon les catégories d’âge en matière de revenus et de conditions de travail. Elle comprend une recherche sur les travailleurs à temps partiel, les travailleurs temporaires et les travailleurs indépendants. Elle vise à retrouver les causes profondes des inégalités dans le monde du travail. »

L’économiste illustre ensuite la montée des inégalités au-travers de quelques chiffres : « En 2000, dans l’ensemble des pays de l’UE, les 10 pour cent des ménages les plus aisés avaient un revenu 7,9 fois supérieur au revenu des 10 pour cent du bas de l’échelle. Seize ans plus tard, le ratio est passé à 9,7 – une hausse de 23 pour cent des inégalités de revenu. Ces moyennes cachent de fortes disparités entre les 28 pays: en Suède – où les inégalités de revenu étaient les plus faibles – les 10 pour cent les plus aisés gagnaient 5,7 fois plus que les 10 pour cent les plus pauvres, tandis qu’en Espagne et en Roumanie, les ratios étaient respectivement de 15 et 20,7. Les transferts sociaux visant à réduire la pauvreté ont reculé de 38 pour cent en 2005 à 33,6 pour cent en 2016. »

Un frein à l’essor des secteurs à bas salaires?

« En Suède, au Danemark et en Finlande, le rôle actif des relations du travail a contribué à dynamiser les politiques visant à revaloriser les compétences, aboutissant à la proportion d’emplois peu rémunérés la plus basse des pays de l’OCDE. Le renforcement de la négociation collective a permis à la Belgique d’obtenir l’une des trois meilleures performances en termes d’égalité salariale. En 2015, l’Allemagne a instauré un salaire minimum national, associé à une stimulation de la négociation collective qui a permis d’inverser la croissance du nombre de travailleurs à bas salaires de la décennie précédente. »

L’impact du salaire minimum.

« Nos études par pays montrent que le salaire minimum contribue à la réduction des inégalités, à condition d’être associé à la négociation collective. Au Royaume-Uni, le salaire minimum a contribué à limiter l’essor des bas salaires mais, en l’absence de nouvelles sessions de négociation collective, il n’a pas été possible de négocier de nouveaux niveaux de rémunération. Dans le secteur privé, il n’y en a guère de négociations au niveau sectoriel et elles sont très limitées au niveau de l’entreprise où seuls 16 pour cent des travailleurs sont protégés par des conventions collectives. Cette situation a également débouché sur divers types de contrats de travail, avec des niveaux de rémunération différents et des conditions de travail qui aggravent les inégalités. En Irlande par contre, le salaire minimum a contribué à la réduction des inégalités parce qu’il était complété par un dialogue social approfondi entre travailleurs et employeurs sur les contrats de travail et les conditions de rémunération. »

La négociation collective joue aussi un rôle central.

« La négociation collective, parce qu’elle stimule les salaires au bas de l’échelle salariale, est généralement bénéfique pour les catégories de travailleurs telles que les femmes, les jeunes et les migrants, qui sont surreprésentées parmi les bas salaires. Cependant, ces catégories sont souvent sous-représentées dans la négociation collective. Par exemple, les dispositifs pour étudiants – comme ceux mis en place aux Pays-Bas – se caractérisent par des niveaux de rémunération très faibles, avec une durée du travail minime, et sont souvent exclus du champ de la négociation collective. La nette dégradation de la qualité des emplois suite à la crise économique a principalement affecté les jeunes et les travailleurs peu qualifiés dans des pays comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal et bien d’autres.

La négociation collective contribue aussi à répartir plus équitablement le temps de travail, par exemple dans un contexte où la durée du travail insuffisante pour les travailleurs à temps partiel peut aussi aggraver les inégalités, comme le montre l’exemple des Pays-Bas et d’autres pays. Notre ouvrage présente des conventions collectives sectorielles de plusieurs pays comme la France, la Finlande, l’Irlande ou l’Espagne, qui ont fixé un nombre minimum d’heures de travail pour les travailleurs à temps partiel. Un développement du travail à temps partiel subi, qui représente une source majeure d’inégalités de revenu, est signalé dans la plupart des pays de l’UE. En Espagne par exemple, 60 pour cent du travail à temps partiel est involontaire.

D’autres accords mettent en lumière le rôle des partenaires sociaux dans le perfectionnement des compétences – notamment à travers les comptes de formation ou les congés de formation. Le Danemark, l’Allemagne, la Suède, la France et le Luxembourg ont ainsi aidé les employés à se préparer aux transformations du monde du travail.

L’Etat – acteur essentiel des relations du travail – peut favoriser un dialogue social fructueux entre travailleurs et employeurs et contribuer à préserver et stimuler les institutions des relations professionnelles. Il apparaît clairement que les syndicats, les employeurs et les gouvernements doivent prendre des mesures concertées et inventives afin de rendre les marchés du travail plus inclusifs et plus égalitaires, en étendant les droits du travail et la protection sociale à tous les travailleurs. Dans un monde du travail en pleine mutation, il faut innover d’urgence pour établir un dialogue social plus inclusif et plus efficace. »

Source : OIT – *Reducing Inequalities in Europe: How industrial relations and labour policies can close the gap (Réduire les inégalités en Europe: Comment les relations du travail et les politiques du travail peuvent combler le fossé)

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